L’Afrique est constituée de puissances plus potentielles qu’effectives, exception faite pour l’Afrique du Sud. En effet, les grands pays peuplés comme le Nigéria ou l’Éthiopie connaissent une croissance économique mais également de fortes inégalités sociales, une forte instabilité politique et la violence des conflits.

On distingue les puissances de premier plan :

  • L’Afrique du Sud : une puissance régionale sur le fil du rasoir. L’apartheid a provoqué un embargo. Ce dernier a permis de développement de stratégies d’Industrialisation par Substitution aux Importations (ISI). Au sortir de l’apartheid, on observe la création d’une nation arc-en-ciel. Il s’agit d’un pacte donnant le pouvoir économique aux conglomérats, le pouvoir politique à l’ANC et le pouvoir social au syndicat COSATU. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud représente 25 % du PIB du continent. C’est la plate-forme des investissements en Afrique, faisant ainsi partie du capitalisme financiarisé et mondialisé. Elle appartient à l’IBAS (Forum économique Inde, Brésil, Afrique du Sud). Elle développe son aire d’influence grâce à l’UA et au NEPAD, sa puissance militaire et sa diplomatie de la négociation (« Solution africaine aux problèmes africains »). C’est une puissance qui joue la carte du Soft Power comme en témoigne la coupe du monde de football de 2010, mais son image est en baisse et son autorité morale chancelle : Jacob Zuma est décrédibilisé et contesté à l’international car il soutient des dictatures comme celle du Zimbabwe. Par conséquent elle doit gérer des défis importants sans pour autant être impossibles : elle doit combiner l’héritage de l’apartheid, les flux de réfugiés, sa compétitivité, la régulation de la violence et le chômage qui concerne un tiers de la population.

 

  • Le Nigeria : un géant pétrolier au pied d’argile en Afrique de l’Ouest (Philipe Hugon). C’est un état plein de potentiels : 1ere puissance économique d’Afrique subsaharienne, et 3puissance démographique à l’horizon 2050. Son économie est en diversification et favorise le « Made in Nigera ». Le pays est la puissance économique de l’Afrique de l’Ouest, il représente l’Afrikans Dream et le Far West pour les entrepreneurs, car il concentre une forte classe moyenne et les infrastructures se sont développées. Cependant on observe une fracture économique nord-sud [le sud fortement urbanisé possède le pétrole, le nord possède des forets] secondée par une fracture religieuse entre musulmans et chrétiens. Le pays est concerné par la maladie hollandaise : 90 % des recettes viennent du pétrole et la rente pétrolière est captée par les responsables politiques et militaires alors que la majorité de la population vit dans une grande pauvreté, et ce malgré la montée d’une classe moyenne. Par conséquent, le Nigéria est une puissance régionale potentielle. Le pays possède une diplomatie active, est membre de l’OPEP et est intégré au sein de la CEDEAO. Mais il reste trop instable à cause des mouvements terroristes qui ébranlent le pays comme en témoignent la revendication des peuples au MEND et la secte Boko Haram.

 

Viennent ensuite les puissances de second rang :

 

  • L’Éthiopie : une puissance militaire et politique dans la corne de l’Afrique. C’est un pôle politique en Afrique de l’Ouest car elle est une puissance militaire et est le lieu du siège de l’Union africaine (UA). Elle affiche un taux de croissance à deux chiffres même si de nombreux handicaps persistent : l’agriculture est peu productive et la vulnérabilité alimentaire est élevée, le pays est peu urbanisé. Les opportunités sont toutefois bien présentes : le pays possède la maîtrise de la rareté, d’un grand potentiel énergétique [projet de la renaissance sur le Nil chiffré à 5Mrds $] avec les hydrocarbures et les énergies renouvelables. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le pays est le premier partenaire de la Chine, on parle ainsi de Chinafrique (Michel Beuret & Serge Michel).

 

  • La Côte d’Ivoire : pôle régional au sein de l’UEMOA : Sa population a décuplé en 50 ans, la ville d’Abidjan est plus peuplée que l’ensemble de la Côte d’Ivoire. Le pays connaît les vingt glorieuses dans les années 1980. Le modèle d’accumulation combinait l’accumulation des travailleurs et des expatriés. Mais les réformes sur l’ivoirité [exaltation de l’identité nationale ivoirienne] ont instrumentalisé les clivages ethniques et fonciers conduisant à une situation de « ni guerre ni paix ». Depuis 2010, l’économie redémarre soutenue par la communauté internationale. La Côte d’Ivoire est le Hub de l’Afrique de l’Ouest francophone. Mais la croissance n’est pas inclusive : elle dispose de la 1refilière cacao au monde mais la culture des fèves épuise les terres et les rendements sont donc décroissants. L’économie est dépendante de la stabilité qui dépend elle-même de l’inclusion sociale qui n’est donc pas encore conquise.

 

Ces économies de premier plan sont à distinguer des économies émergentes :

 

  • Des économies agro exportatrices en voie de diversification. Au-delà des stratégies d’ISI, les pays agro exportateurs ont connu une dynamique d’accumulation (accumulation de richesse permettant de faire une remontée de filière) dans plusieurs pays [Kenya, Côte d’Ivoire]. Dépourvus de ressources minières et de réserves pétrolières, ces pays ont misé sur l’agriculture d’exportation [café, thé et élevage au Kenya par exemple]. Plusieurs économies sont donc devenues productrices d’hydrocarbures comme le Mozambique et la Tanzanie.

 

  • Des économies semi-industrielles ouvertes. Botswana, île Maurice, Maroc et Tunisie sont des pays qui ont su sortir de leur spécialisation et tirer profit de leur rente. L’île Maurice a reconverti sa rente sucrière en industrie textile et en services offshore financiers. Le pays est devenu une zone franche du secteur offshore mais des zones d’ombre sur la finance et le narco trafic subsistent. Le Maroc et la Tunisie sont des régimes ouverts d’accumulation avec des liens privilégiés avec l’UE. Ils privilégient l’offshore et le tourisme malgré les grandes inégalités sociales persistantes et de forts taux de pauvreté. On y distingue une division intermédiaire du travail subalterne aux firmes transnationales et dominantes vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne.

 

  • Quels modèles de développement soutenable ? On ne peut pas traiter les trajectoires économiques en termes de retard ou de convergence par rapport à des pays matures : le modèle de flying gooses est hors de portée des pays africains, le capitalisme s’est financiarisé et l’excès d’épargne mondial ne permet de répondre à leurs besoins. Les solutions doivent être du sur mesure et non du prêt-à-porter. Les modèles de développement restent à inventer de la part des acteurs privés et publics. De fait, les réponses sont plurielles : les jeunes ruraux doivent pouvoir s’insérer dans des activités licites et rémunérées. Il faut donc des acteurs publics pour élaborer une stratégie qui doit cependant répondre à des conditions: favoriser les espaces d’innovations à différentes échelles en les appuyant financièrement, mettre en place un système de formation [RH] et de financement, transferts de technologie aux entreprises africaines.
Catégories : Afrique

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