Les États-Unis sont la puissance géopolitiquement dominante depuis le début du 20esiècle. Mais certains économistes annoncent un déclassement, qui à l’aune de la capacité de résilience que conserve l’empire américain, doit être nuancé.

  • Une asymétrie militaire au service de leur puissance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le pays possède une avance technologique considérable (monopole nucléaire jusque 1949) grâce au Victory Programm. À partir de 1947, ils peuvent ainsi incarner la défense du monde libre à l’aide de la stratégie du containment (encerclement l’URSS pour éviter le développement de son influence dans le Heartland) qui se traduit par une pactomanie (1949 : OTAN, 1951 ANZUS, 1954 OTASE, 1955 Bagdad) et des guerres en périphéries de ce dernier (Corée Indochine, Vietnam).
  • Ainsi qu’une asymétrie économique et financière. La guerre est une occasion de développer l’OST (Tayloro-Fordisme) et fait prendre conscience de la nécessité du pétrole. C’est ainsi que les accords du Quincy sont signés en 1945 (Roosevelt, Saoud) ARAMCO. Renouvelé pour 60 ans. Ils deviennent les créanciers du monde (3/4 de l’or mondial) grâce aux accords de Bretton Woods (1944-1971) qui fait du dollar une monnaie «as good as gold»
  • Un modèle américain qui se diffuse au monde. Ils sont un modèle politique (démocratie libérale et victorieuse) et sont à la tête du monde libre (donnent naissance à l’ONU qui défend la liberté, notamment du Tiers Monde). On note le passage à une économie mode américaine grâce au libre-échange (GATT en 1947) et au Plan Marshall (1947) pour la reconstruction.
  • Les réactions face aux remises en cause géopolitique. La défaite du Vietnam discrédite la Détente. Dès lors, les E-U cherchent à isoler Moscou en renouant avec la Chine (Ping-Pong diplomacy de Kissinger); voir à s’opposer frontalement à l’Empire du Mal avec la doctrine de R.Reagan «America is back. » qui lance le programme IDS.
  • La victoire de 1991 : une victoire à la Pyrrhus de l’hyperpuissance. Les E-U voient leur contre modèle disparaître. Ils deviennent les gendarmes du monde (Guerre du Golfe de 1991) à travers l’OTAN (Accord de Dayton). L’administration Clinton développe ainsi le soft Power, cherche à diffuser le libre-échange et le multilatéralisme dans une démocratie de marché (Fukuyama). Mais depuis les 70 s,  l’économie américaine souffre d’un manque de compétitivité (pas assez spécialisée) et devient le premier débiteur de la planète «le dollar est notre monnaie, c’est votre problème». Clinton recentre l’industrie (critère de la puissance) sur les nouvelles technologies mais cela ne suffit pas à sauver les bases productives. Le niveau de vie est maintenu grâce à la walmartisation.
  • Les limites de la puissance américaine : L’interrogation sur l’identité (S. Huntington) une puissance défiée : le 9/11 marque un tournant. Il met en lumière la vulnérabilité des EU et le fait renouer avec leur unilatéralisme. C’est une nation qui a désormais une vision plus messianique (Manifest Destiny) des relations internationales (nation building dans le GMO). Le pays est économiquement éprouvé : les délocalisations en Amérique latine se succèdent, la pauvreté grandit dans la région de la Rust Belt comme en témoigne Detroit, véritable shrinking city.
  • Les États-Unis dans un monde post-américain. Remise en cause du modèle libéral de l’école de Chicago (trois D) après la crise des subprimes. Une modification de la donne géopolitique avec l’émergence de nouveaux acteurs (BRICS) et un retour de la Russie dans un monde qui n’est résolument pas unipolaire. Est-il multipolaire? L’UE manque d’unité pour peser alors qu’un G2 (Chinamérique) est difficilement envisageable : certes interdépendance (consommation de ce que la chine produit/achat de bon du Trésor) mais les intérêts sont divergents (Buy America Act).
  • L’Amérique du pivot. Une stratégie qui se déroule en deux temps : d’abord un désengagement du Moyen-Orient suite à la war fatigue Américaine. Puis un repositionnement sur l’Asie avec la négociation du TPP, la création d’un G20 qui se tient à Pittsburgh (2009). Le pivot traduit également un intérêt stratégique moins marqué pour l’Europe. Mais le désengagement du Moyen-Orient est impossible.
  • Une capacité de résilience. Économiquement grâce aux hydrocarbures non conventionnels, le développement d’une puissance normative grâce aux TPP et TTIP. Le pays reste une terre d’innovation grâce aux clusters (Mountain View, siège de Google), conserve sa prépondérance financière avec des places financières de premier plan (Wall Street). De plus, les E-U conservent leur force d’attraction grâce à leur Soft-Power. Militairement, ils disposent de la thalassocratie qui leur permet une capacité de projection de leurs forces optimales (les états unis restent l’état disposant le plus de Bâtiments de Projection et de Commandement ou BPC)
  • Normalisation de la puissance américaine qui reste cependant première parmi les nations. Avec un pays endetté, affaibli par une crise économique majeure et une war fatigue but est désormais d’éviter les guerres coûteuses, renoncer à l’hégémonie et se recentrer sur leur construction intérieure. On parle alors de nation Building at home. Le mandat Obama est marqué par un minimalisme stratégique, la volonté de conserver une empreinte légère (Light footprint)

 

Un auteur : Jean Louis Chambon: La Chinamérique : un couple contre nature ?   Obama : les relations chines États-Unis vont façonner le XXIe siècle. La Chine et l’Amérique sont interdépendantes dans la mesure ou l’empire du milieu est devenu un détenteur de premier plan de la dette américaine. Il forment un couple baroque avec la démocratie la plus riche de la terre et un régime autoritaire au développement hétérogène. Les économies sont de fait fortement imbriquée du fait de la dépendance de l’interdépendance entre les deux pays (André Grjébine, Equilibre des déséquilibres). Mais pas de cogestion du monde, pas non plus de poids équivalent des deux puissances : la Chine n’a pas les capacités de projection ni l’influence mondiale qu’on les EUA. Une chimérique Chinamérique.


    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *