La théorie du pivot supposait que les Etats-Unis se tournent vers le Pacifique et réduisent leur engagement au Moyen-Orient. Mais peut-on tourner le dos à la région la plus belligène de la planète, au 2/3 des réserves mondiales de pétrole, au berceau du terrorisme islamique ?

  • Le Moyen-Orient est une zone stratégique pour les Etats-Unis. Elle concentre les 2/3 du pétrole mondial ce qui implique la sécurisation des routes en Arabie Saoudite et en Irak par le Pacte de Quincy en 1945 avec les Saoud. Pendant la guerre froide, les EU tentent d’y entraver le jeu soviétique. Pour ce faire, ils s’appuient sur la Turquie intégrée dans l’OTAN et sur l’Iran du Shah. Donc développement de doctrine Eisenhower (containment), et la doctrine Carter (toute tentative de gagner le contrôle de la région du Golfe provoquera des représailles des Etats-Unis. Traduction concrète : Riyadh Air Base)
  • Dans les années 1980, les États-Unis voient le piège de la région se refermer sur eux. Soutien à Israël. Mais son rôle est limité dans les coalitions à cause de l’animosité des pays arabes (Desert Storm). La loyauté des alliés est remise en question : le Shah est lâché par les Américains qui l’accusent de collusion avec l’URSS tandis que ARAMCO est nationalisé en 1980. 
  • L’échec des néoconservateurs. Ces derniers tentent de construire un GMO démocratique (nation building) qui déstabilise profondément la région. 
  • La tentation du repli. Le poids de la war fatigue: Barack Obama a voulu mettre fin aux deux guerres dont ils avaient hérité (Retrait d’Irak après que 4500 GI aient été tués en 2011, retrait d’Afghanistan en 2016). Mais il s’est retiré d’Irak en plein conflit asymétrique et a englouti des sommes colossales dans la formation d’une armée corrompue.
  • Un désengagement toutefois impossible. La première puissance mondiale ne peut pas se désintéresser du marché pétrolier dont dépend la moitié du monde, et l’avenir du gaz de Schiste est incertain. Les think tanks (Brookings, subventionné à hauteur de 15 milliards de dollars par le Qatar), le CMI, les liens étroits avec Israël (AIPAC) poussent également au réengagement au Moyen-Orient. Le terrorisme (9/11, Orlando) leur rappelle qu’ils ne sont pas à l’abri des troubles de la région. Le retour des Russes dans la région s’ajoute à ces raisons.
  • Une politique de tâtonnements dans la région. La géographie insulaire des États-Unis les met à bonne distance du Moyen-Orient. Washington a ainsi d’abord adopté une attitude bienveillante à l’égard des révolutions arabes et des frères musulmans (avant de découvrir leur radicalité). Par conséquent, ils ont refusé de s’engager en Syrie. Obama mène une politique réaliste sans se lier à un protagoniste particulier : soutien l’opposition modérée en Syrie mais combat (avec retard) Daech. 

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