7eéconomie mondiale, le Brésil est considéré comme une grande puissance émergente. Il demeure présent à l’ONU, au Mercosur, du G20 et aux BRICS. Toutefois les inégalités sociales sont patentes. On observe ainsi un décalage entre les ambitions affichées et la réalité politique et économique de 2016. Alors, « derrière l’opulence, le drame » comme l’affirme Yves Gervaise ? Les fondamentaux du pays restent cependant solides et le pays conserve une résilience.

 

  • La thématique des fronts pionniers alimente une conception géophagique de l’espace selon Martine Droulers. Front pionnier en Amazonie blanche (Déforestation) et bleue grâce à la maîtrise de l’offshore profond par Petrobras (Gisements de Santos, Campos). Front du Soja à l’interface du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay. Une gestion prédatrice des ressources, contraire au développement durable. Le barrage de Belo Monte illustre les contradictions d’un Brésil dynamique assoiffé d’énergies nouvelles poussé par un gouvernement qui veut désenclaver ces régions, les contraintes du développement durable (déplacement d’Indiens, écosystèmes fragiles). 
  • Les atouts brésiliens. Une intégration précoce dans l’économie monde, la stabilité géopolitique, l’émergence d’une classe moyenne, le multilatéralisme. L’université et les classes créatives (Richar Florida) sont une des clefs de l’émergence brésilienne avec pour exemple l’université de Sao-Polo. Le soft Power brésilien est porté par des manifestations importantes (Carnaval de Rio, Telenovelas). L’accueil de la Coupe du Monde (2014), des JO (2016) marque une tentative de la puissance par l’événementiel (Ohmae). Le pays dispose d’environ 100 millions d’hectares de terres arables ce qui alimente le land grabbing, est considéré comme une ferme du monde (sojatisation de l’économie).
  • Une dynamique centre-périphérie : Un centre composé du Sudeste, de la tétrapole brésilienne (Rio, Sao Paulo, Belo Horizonte), des périphéries internes et marginalisées (Nordeste). Les 3 Brésils de Michel Théry : « Le Brésil c’est la Suisse (tétrapole), le Pakistan (Nordeste) et le Far West (Amazonie) ». 
  • Des défis sociaux et environnementaux colossaux. La pauvreté, la criminalité dans les favelas en lien avec les narcotrafics. Un phénomène d’apartheid urbain et de ségrégation sociospatiale : les communados fechados face aux bidonvilles, par exemple la Rocniha à Rio. Le géant doit encore réaliser des réformes structurelles dans les domaines politiques, fiscaux, judiciaires. Inégale répartition des terres.
  • La naissance d’un sentiment antipolitique qui mène à la destitution de Dilma Roussef. La hausse des cours des matières premières a permis de mettre en place des programmes permettant une meilleure répartition des richesses. D’où l’émergence d’une nouvelle classe moyenne ayant attentes plus élevées que Bolsa familia (éducation et soins de qualités, infrastructures efficaces). L’incapacité des leaders à y répondre a augmenté l’insatisfaction. En outre, le super-cycle des matières premières a encouragé également la corruption : le sandale Petrobras entraîne le système politique dans une crise de légitimité. Il en résulte un sentiment antipolitique (rejet à de la classe politique à toutes les échelles) toutefois cela a mené à un renforcement des institutions politiques et judiciaires.
  • Une procédure de destitution (Lava-Jato) est lancée par les députés (eux-mêmes corrompus comme Eduardo Cuhna) en décembre 2015 et qui a abouti en août 2016. Le problème de Roussef est d’être élu sur un programme de gauche et de mener une politique libérale. Révélateur de l’incapacité du progressisme américain à inventer un modèle pérenne.
  • Une économie brésilienne qui hésite entre la diversification et la primarisation. La force des FTN brésiliennes : l’industrie aéronautique (Embraer), le pétrole (Petrobras). L’importance des rétrotransferts. Toutefois le pays hésite avec le néo-extractivisme. Ainsi, si la crise de 2008 a très peu touché le Brésil, la baisse de la demande chinoise pose par conséquent des problèmes économiques pour les secteurs du fer et du soja. Elle reste fragilisée par la baisse des cours des prix du pétrole. L’inflation atteint 9 % en août 2016, et est une source de préoccupation majeure pour la population. La compétitivité du pays est toutefois déclinante : selon le BCG, le Brésil est aussi cher que… la France. Sont en cause : la hausse des salaires et la baisse de la productivité.
  • Une politique étrangère assez récente qui privilégie les stratégies Sud-Sud. Le pays participe ainsi au forum IBSA et accueil le forum altermondialiste de Porto-Allegre. Le pays veut participer à une recomposition de la gouvernance mondiale : membre du G20). Le pays joue un rôle leader dans les processus d’intégration (MERCOSUR, UNASUR, CELAC). Mais ses tentations hégémoniques sont mal vues par l’Argentine : la sojatisation. Le pays se rapproche de la Chine : l’arrivée de produits manufacturés chinois n’encourage pas la diversification de l’économie. Avec les états unis, les relations sont complexes (échec de la ZLEA) mais les deux pays entretiennent des relations cordiales.

Un auteur: Martine Droulers et Céline Broggio, Le Brésil, Que sais-je ?

Septième par son poids économique le Brésil est désormais une grande puissance. Les indicateurs sociaux l’apparentent à un pays du Sud ou la modernité cohabite. Le Brésil est définitivement entré dans l’émergence car on distingue trois changements irréversibles:  changement démographique car le Brésil a terminé sa transition démographique, changement économique car le PIB avoisine celui de la France, changement géographique car le Brésil consommateur d’espace devient un gestionnaire de l’espace.

 

 

Catégories : Amérique du Sud

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