Région traditionnellement assimilée à une périphérie du système monde, elle veut désormais contribuer à l’avènement d’un monde multipolaire

  • Permanences et continuités. La découverte du Nouveau Monde est un événement tectonique. Les dominations successives espagnoles et portugaises (16e – 19e siècle), puis européennes dans les Caraïbes, puis la domination des États-Unis (19e-20e siècle) ont contribué à forger l’identité du continent et à déterminer le positon de la région dans l’ordre international. En 1823, la doctrine Monroe consacre ainsi l’arrière-cour américaine. Corollaires, les États-Unis obtiennent la concession à perpétuité de la zone où se construira le canal de Panama. + Dollar Diplomacy/Good Neighbour Policy/Big Stick. 
  • La région ne modifie qu’à la marge sa position dans la nouvelle division internationale des échanges. Certes l’intensification des relations Sud-Sud reflète les nouvelles tensions étatiques entre les pays du Sud et les pays du Nord (Soft balancing des BRICS, OCS, G77). Cependant la demande croissante en matière première et l’envolée des cours ont aggravé le caractère extraverti des économies latino-américaines (néo-extractivisme). 
  • Une autonomisation progressive de la région par rapport aux États-Unis. La hausse des cours des matières premières a permis à la région d’acquérir une autonomie financière et politique. Le pays a rompu avec les préceptes néolibéraux des IFI pour poursuivre des politiques sociales ambitieuses de redistribution pour réduire la pauvreté et les inégalités. Toutefois le sous-continent toujours plus dépendant de ses exportations s’expose à une perte de centralité dans le système monde.
  • La région dispose des réserves énergétiques ; grâce aux locomotives argentines et agricoles, l’Amérique latine/caraïbe est déjà l’une des grandes puissances exportatrices mondiales. 
  • La démocratie s’est installée à partir des années 1980 et s’est consolidée dans les années 2000. C’est une région pacifique et dénucléarisée capable de canaliser les différends politiques. L’accession au pouvoir de Chavez au Venezuela ou encore de Bolsonaro au Brésil marque une séquence politique qui a modifié la donne : arrivée au pouvoir de gouvernements post néolibéraux selon Émir Sader. 
  • L’Amérique latine pèse dans les institutions internationales. Roberto Azevedo (OMC), Jose Graziano da Silva (FAO)
  • Un espace de développement aux multiples contrastes et fractures, et le plus inégalitaire au niveau social. La violence et la criminalité organisée, trafic de drogue, prolifèrent dans la région. L’Amérique du Sud est l’unique producteur et fournisseur mondial de cocaïne, d’héroïne. Certains pays comme le Mexique sont quasiment en état de guerre : « guerre du narco » depuis 2006 avec 100 000 victimes. Problème des FARC en Colombie : processus de paix. 
  • Les relations avec l’Europe se sont routinisées, l’UE demeure le premier investisseur en Amérique latine et le commerce a doublé sur la période 2000-2010. Toutefois les relations sont marquées par un relâchement constant des liens privilégiés qui furent autrefois les leurs.
  • Clivage entre deux modèles ALBA/TPP. L’Alliance du pacifique (2012, 3e génération) (Colombie, Pérou, Mexique, Chili) fait désormais contrepoids, sur un mode libre-échangisme et favorable aux intérêts des EU, à la monté en puissance des gouvernements progressistes et à leurs initiatives d’intégration régionale. Elle se construit comme un espace potentiellement concurrent du Mercosur (Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine). Ainsi, les pays de l’ALBA (2012, 3e génération) (Cuba, Nicaragua, Venezuela, Équateur) veulent investir sur la consolidation du bloc régional des pays progressistes et sur de bonnes relations avec la Chine face à l’Alliance du Pacifique.
  •  Les choix du Brésil auront une influence déterminante sur le Bloc. Ils œuvrent à l’approfondissement de l’intégration régionale. Construction de l’UNASUR (2008, 3e génération) pour faire obstacle à la ZLEA. Brasilia a démontré sa capacité d’engager un bras de fer diplomatique contre Washington lors du coup d’État du Honduras en 2009 ou le président avait trouvé refuge à l’Ambassade.  Toutefois il n’arrive pas à s’assurer du soutien de ses partenaires pour la revendication d’un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, ne ratifie pas la banque du sud. Des divisions existent parmi les élites politiques et économiques brésiliennes quant au rôle du pays auxquels deux choix s’offrent : s’investir dans l’écosystème sud-américain pour devenir une puissance hégémonique consensuelle et donc l’UNASUR et la NDES pour approfondir la relation avec les pays progressistes, soit rester loin de l’ALBA et plus proches des États-Unis.

Un auteur: Christophe Ventura, L’éveil d’un Continent

L’Amérique latine constitue une pôle de puissance incontournable dans le monde grâce notamment à ses richesses. La région est engagée dans une coopération Sud-Sud qui consacre l’avènement progressif d’un monde multipolaire. Extrême Occident, la région a su s’émanciper de l’Europe et des États-Unis. Ainsi, de nombreux essais d’intégration régionale ont eu lieu dont la naissance de la CELAC en 2010, de l’UNASUR en 2008 et de l’ALBA-TCP cherchant à faire à naitre l’unité latino-américaine. Néanmoins de nouvelles tensions sont à l’œuvre. Le Brésil occupe un rôle toujours plus central sur la scène internationale et fait même preuve d’impérialisme régional. La Chinamérique divise. Dans ce contexte les États-Unis cherchent à regagner du terrain dans leur arrière-cour traditionnelle. Ils veulent refaire de la région le principal pôle énergétique mondial d’ici 2030 notamment grâce au fracking et prétendent modifier littéralement de modifier le centre de gravité vers l’hémisphère américain au détriment du Moyen-Orient.  Hormis la fragilité face au capitalisme financier et au néo-extractivisme de ces gouvernements progressistes,  le bilan de ces  est optimiste.

Catégories : Amérique du Sud

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