La croissance africaine marque le retour du continent fort de ses ressources et de son nouveau marché de consommation. Toutefois, elle s’accompagne d’un creusement des inégalités : pauvreté persistante, maladies. Ce redressement est-il donc durable ? Pour ce faire, des politiques de redistribution sont nécessaires. Certains pays obtiennent des résultats encourageants, mais la plupart tolèrent l’accaparement des richesses par une minorité. Conséquence de ce mépris, la rancœur grandit au sein des villes tandis qu’un foyer de tension mine l’intérieur du continent.

  • Il existe 3 représentations de l’Afrique selon Sylvie Brunel :  L’Afrique de la misère : touchée par les interventions militaires, la charité humanitaire, les déplacés et la prédation. 50 % de l’Afrique vit toujours sous le seuil de pauvreté. L’insécurité et le terrorisme restent des préoccupations majeures, alors que la situation s’empire depuis la chute de Kadhafi en 2011.  L’Afrique de l’exotisme : L’Afrique des parcs naturels et du BigFive, perçue comme une immense réserve qui attire les touristes. Toutefois subsiste un antagonisme entre l’approche sociale et économique qui vise à relancer la productivité pour lutter contre la faim) et celle environnementale à des fins de conservation (Marie Clause Smouts). L’Afrique illustre donc les contradictions du développement durable. L’Afrique émergente : apparue récemment, elle présente des décollages avec une augmentation des IDES. La classe moyenne se développe et équivaut à celle de l’Inde soit 300 millions de personnes qui ne demandent qu’à travailler. Elle présente donc une fenêtre d’opportunité démographique. Elle concentre les matières premières avec des réserves de terre arable, possède la maîtrise de la rareté (Lionel Zinzou) est est donc sujet au land-grabbing.
  • Les lignes de faiblesses demeurent malgré la diversité extrême des situations des pays. On observe ainsi une opposition entre Africains du dedans (citadins accédant à la mobilité choisie, vivant comme leurs homologues occidentaux) et les Africains du dehors (les ruraux et les exclus ses bidonvilles). Elle connaît un certain nombre de maux à savoir la malédiction des matières premières alors que la population dépend des ressources naturelles. L’urbanisation est plus le signe de difficultés agricoles que la conséquence de modernisations agraires. Le secteur informel fournit deux tiers des emplois. La corruption et clientélisme minet les perspectives de développement avec le développement d’un d’un discours victimaire pour attirer des fonds. On parle alors de la diplomatie de l’extorsion (Jean Louis Domenach).
  • L’histoire ne peut pas être à l’origine de tous les déboires. La traite et la colonisation ne peuvent plus aujourd’hui servir à justifier les situations actuelles. Ce sont d’abord les choix effectués qui déterminent les destins contrastés des 54 pays africains. Ainsi, le Rapport Pearson ne montre pas de lien entre ressource et développement : le pétrole a tué l’agriculture au Nigeria alors qu’il a permis à l’Indonésie de se développer. Certains pays n’ont pas résisté à la consommation à outrance et à l’endettement excessif. Le miracle ivoirien des années 1980 s’est ainsi transformé en cauchemar.
  • Une grande disparité et diversité de l’Afrique : en fonction des échelles. Le continent est gigantesque (réuni l’Europe plus l’Amérique du Nord). Économiquement, l’Afrique réunit à la fois l’Afrique du Sud, les BRICS et la RDC Équatoriale (revenu < 500 USD). Certes sur un plan géopolitique, on observe des tentatives de panafricanisme comme le montre la créations d’organisations comme l’OUA et l’UA. Cependant, les chefs d’états africains n’arrivent pas à s’entendre. De plus, l’intégration régionale ne fonctionne pas: les ZIR forment un bol de spaghetti (Jazgish Bagwatti) qui ne permet pas d’aller de la croissance vers le développement.
  • Une prise en main par les Africains eux-mêmes ? Désormais l’Afrique existe à part entière sur la carte du monde. De ses politiques dépendront le changement climatique (le plus grand massif forestier de la planète après l’Amazonie y est localisé). Elle comporte 1 milliard d’hommes disposant jeunesse et pouvoir d’achat. Mais le développement est menacé par le manque d’équité. La croissance économique ne profite qu’à une minorité tout en faisant flamber le coût de la vie pour tous. Il existe donc un risque de révolution interne qui a déjà commencé au Nord du Sahara.

 

 

 

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